L'INCONNU DE LA SEMAINE
 
 

Les inconnus, c'est bien connu, on ne les connaît pas.

Jusqu'au jour où quelqu'un décide de les reconnaître en proposant un échange, des mots, très peu, une lecture, une rencontre au hasard de celles que l'on fait jour après jour.

Dans connaître il y a naître.

A mi-chemin entre le haïku et le tanka, voici le bonsaï, tercet de 19 syllabes, car 1 et 9 font 10 et 1 et 0 font 1 et que le bonsaï recherche une identité.

Soit donc le bonsaï !

Miniature de vie, dont les racines sont de grands instants...


 

 

 

l'apsara de Banteay Srei

reste un temps à contempler

une apparition

fantômette retrouvée

 


 

 

l'archi-duchesse de Battambang

sur son hamac se prélasse

et des poissons ar-

chi-secs jamais ne se lasse

 


 

 

le crêpier de Battambang

quand le soleil se mire marre

sur les visages ronds

le chef crêpier se prépare

 


 

 

le crieur d'Angkor

je suis encore et encore

roi lion des forêts

pour dire angkor et angkor

 


 

 

les hommes bleus de Phnom Penh

on veut les mettre en bouteille

tigres du futur

quand de vivre les autres essayent

 


 

 

le bouddha d'Ayuttaya

les voisins sont passés là

ont emporté Pierres

je pense à eux en mon État

 


 

 

le bouddha de Bangkok

bouton d'or bouddha dors

les deux yeux ouverts

pour vérifier qu'on t'adore

 


 

 

le bouddha près de Battambang

pour connaître la paix des sages

la tête dans le ciel

faire des trous dans les nuages

 


 

 

le géant du village fantôme du Thar

la nonchalance est une science

et le temps s'écoule

sans essence évanescence

 


 

 

les roses des sables du Thar

dicton : si pour pousser île

a besoin de mer

petit prince a domicile

 


 

 

le précieux du désert du Thar

l'important est la beauté

au grain de sable près

sous le turban bien noué

 


 

 

le marionnettiste de Jaisalmer

j'ai deux vies : une de pendue

au regard des autres

la deuxième dans mes mains nues

 


 

 

l'équipe gagnante de Bundi

des billes à la place des yeux

et cette fierté

tout le reste n'est que hors-jeu

 


 

 

les poétesses de Bundi

ici Kipling finit Kim

quand les dames du ghat

terminèrent de faire des rimes

 


 

 

les discrètes de Chittorgarh

ne le répétez pas trop fort

ou elles rougiraient

ces dames ont un de ces ports

 


 

 

le cuisinier de Vienne

pour faire une bonne omelette

une omelette à l'être

l'important est dans la quête

 


 

 

le fumeur d'Udaipur

petites, grandes, vertes ou marron

humez-fumez-les

ces feuilles de toutes les saisons

 


 

 

le fils du désert

du haut de ses pattes fragiles

il transporte les ans

que le sable efface, agile

 


 

 

les peintres de la baie d'Halong terrestre

pour un pain de sucre une vie

à mener la barque

à se fondre dans le pays

 


 

 

le guide des campagnes

alors que les morts font la sieste

il veille sur le marbre

laissez vivre les âmes qui restent

 


 

 

le modèle de Old Delhi

est-ce lui ou ses épices ?

il retient son souffle

une tonne de fierté légère

 


 

 

l'invisible d'Agra

fantôme blanc bordé de fleurs

elle est l'être aimé

par ceux qui d'un oeil l'effleurent

 


 

 

la courtisane de Paris

dans les mots les monts les mondes

elle file elle folle flotte

tissu de songes et de rondes

 


 

 

le sage de Jaisalmer

guerre : qui donc parle de bon sens ?

sage celui qui croise

les éléphants sans défense

 


 

 

les gardiens de Hué

de pierre face aux visiteurs

ils attendent la fin

et quand la nuit tombe c'est l'heure

 


 

 

la passagère de Chittorgarh

même pas besoin de billet

elle vit, on l'envie

son bout du monde est à quai

 


 

 

la piétonne de Kenh Ga

sur le canal du poulet

silence, un ange passe

sur la plante des pieds, pagaie

 


 

 

les cyclistes de Haiphong

les vélos ont des chapeaux

coniques et comiques

ces anonymes sont sans peau

 


 

 

le gardien des montagnes

bandit vert, passe ton chemin

la cascade de riz

que tu cherches m'appartient

 


 

 

le joueur de Sadec

ce ne sont pas des étoiles

juste un volant que

la cour de Duras dévoile

 


 

 

la famille de Ranakpur

nous descendons du bus, certes

mais vous, d'où ? de qui ?

chercher des poux est pure perte

 


 

 

l'huile d'Udaipur

oui je sais je ne devrais pas

faire frire sans regrets

cette fois pardonne-moi, papa

 


 

 

les écolières de Bundi

de vieilles habitudes tenaces

font de la cravate

l'inconnue de petite classe

 


 

 

le prince de Bikaner

personnellement les havelis

je n'm'en soucie pas

bah ! elle est pas belle la vie ?

 


 

 

la puce du Mékong

Monsieur Tu a un jardin

où poussent comme des fleurs

les plus beaux rêves enfantins

 


 

 

la discrète de Hanoï

au rayon interdiction

elle coche case soleil

la nuit s'enflamme de passions

 


 

 

les dames de Chittorgarh

bleu rouge jaune canari

sur un quai de gare

c'est le gang des saris

 


 

 

le petit bleu de Jodhpur

au balcon tout est possible

voir ou être vu

un seul secret : l'équilibre

 


 

 

le gros rigolo de Haïphong

eh ! du bidon bidonné

quel est ton secret ?

aide-moi, mes fleurs sont fanées

 


 

 

la sacrifiée de Vienne

elle ne peut pas ne peut rien

ou bien hors du monde

pourquoi est-ce chaque fois la fin ?

 


 

 

le motard de Hanoï

à moto moteur mateur

fuyant la ville foule

le flou a ses amateurs

 


 

 

la pêcheuse de Tam Coc

la terre a la forme d'un coeur

et la pêche, ça va

les poissons mordent à l'âme soeur

 


 

 

la starlette du Mékong

attendez que je me coiffe

cela va ainsi ?

envolé, le brin de piaf

 


 

 

le gourmand de Bundi

rien, rien qu'un bout de toi pris

en flagrant délice

d'un soupçon de sucrerie

 


 

 

l'invité du Latina

c'est un léger décadrage

l'affaire du coucou

qui vole voyage sur l'image

 


 

 

la vache de Jaisalmer

nous nous sommes croisées toi et

moi vraiment surprise

de te voir réincarnée

 


 

 

le barbier de Jaipur

il est parti de Cache-cache

qui sait où il va

sa seule attache une tache

 


 

 

le poète bibliothécaire de Florence

magie de l'instant, vous dites

chut ! ne bougez pas !

les yeux les lèvres, il médite

 


 

 

le cordonnier de Bundi

un comte aux pieds nus est né

sis sur la chaussée

chasse la chair et chausse les fées